L’Art Déco et la consécration du noir signé
Si le jais de Whitby a dominé la joaillerie de deuil victorienne durant tout le règne d’Elizabeth — exploité dans les ateliers du Yorkshire et porté en sautoirs sculptés —, c’est dans la décennie 1920–1935 que le noir conquiert sa place définitive en haute joaillerie signée. Cartier, sous l’impulsion de Louis Cartier et de Jeanne Toussaint, fait de l’onyx noir, variété opaque de la chalcédoine, le contraste obligé du platine et des diamants pavés. La Tank rectangulaire reçoit ses cabochons d’onyx aux extrémités, les bracelets manchettes alternent plaques d’onyx calibrées et lignes de brillants, les broches géométriques codifient un vocabulaire qui essaimera dans toute la place Vendôme.
Boucheron prolonge cette grammaire à travers ses créations Art Déco où onyx et platine se répondent en compositions sculpturales. Jean Després, formé chez Cartier puis indépendant à Avallon, pousse le noir vers l’abstraction industrielle dans ses Bijoux Moteurs des années 1930, mariant onyx, argent et lignes mécaniques inspirées de l’aéronautique. Van Cleef & Arpels intègre l’émail noir aux broches animalières d’après-guerre — la Panthère noire, les coccinelles et les tortues émaillées constituent un répertoire vivant que la maison décline depuis sept décennies.
Sept registres convergent dans l’authentification d’une pièce noire signée : le poinçon de maître frappé sur les sertis ou les galeries, la lecture du certificat gemmologique délivré par GIA pour les diamants noirs ou SSEF pour les perles noires de Tahiti, la cohérence du sertissage clos protecteur de l’onyx, l’examen de la qualité de cuisson de l’émail noir, et lorsqu’ils accompagnent la pièce, l’écrin d’origine et les papiers d’archive de la maison émettrice.
Perles noires de Tahiti et noirci contemporain
À distance des compositions Art Déco classiques, la perle noire des lagons de Polynésie française — issue de l’huître Pinctada margaritifera — fait son entrée en haute joaillerie signée dans les années 1970, lorsque la maison Robert Wan structure la filière tahitienne. Mikimoto, Cartier et Tiffany prolongent depuis cette grammaire en sautoirs et boucles d’oreilles, où l’orient profond de la perle noire dialogue avec le platine et l’or blanc.
L’or noirci 18 carats, obtenu par oxydation contrôlée, ouvre une dernière chapitre dans cette histoire chromatique. De Grisogono, fondée à Genève en 1993 par Fawaz Gruosi, en fait sa signature identitaire dans la collection Allegra, mariant or noirci et diamants noirs sertis en pavé. Pomellato développe en parallèle ses pièces Sabbia en or noirci pavé.
Du jais victorien au noirci contemporain
Le Black Orlov, diamant noir de 67,50 carats également connu sous le nom Eye of Brahma, a confirmé chez Christie’s en 2006 le statut du diamant noir parmi les pierres de collection signées. Cette cote inscrit le noir dans une logique d’investissement documentée. Pour orienter votre choix parmi les pièces signées noir, prenez rendez-vous au cœur de Monte-Carlo, au Palais de la Scala, où l’expertise développée par Eduard Grygorian, IGI Colored Stones Grader, inscrit chaque acquisition dans le patrimoine joaillier des grandes maisons.